Trois ans après la publication de La dernière voie de Nimbus,
il est largement temps pour moi de tirer le bilan de cette autoédition, et de
partager avec ceux qui seraient tentés de se lancer dans cette aventure, car si
l’on se bat un peu pour faire connaître son bouquin, c’en est une.
Comme il est expliqué dans le tout premier article de ce
blog, je suis passé par l’imprimerie Bookelis. Elle est orientée vers
l’autoédition, et offre de nombreux services. Techniquement parlant, j’en suis
très content. Je précise cependant que je n’ai eu recours qu’aux services non
littéraires (je n’ai pas confié mon manuscrit à leurs lecteurs ni à leurs
correcteurs), et que je ne me prononce pas sur leur qualité. Bref, le livre correspond à ce que
j’attendais. Je vais donc me centrer dans ce propos essentiellement sur la
distribution et la promotion.
Toutefois, avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques mots
sur le livre autoédité : il a mauvaise réputation. Ce n’est pas injuste.
Beaucoup d’entre eux, pour dire les choses crûment, sont plus ou moins bâclés
ou souffrent de défauts rédhibitoires, nuisant par-là fortement à la santé des
autres. Malheureusement, on n’y peut absolument rien, sinon être extrêmement
rigoureux sur la qualité de ce que l’on propose : il faut trouver des
lecteurs naïfs, les écouter, corriger ; puis trouver des lecteurs plus
pointus (par exemple au sein d’ateliers d’écriture, des enseignants en lettres
ou des amis eux-mêmes auteurs si vous en connaissez et si ce sont de vrais amis
capables de vous dire des choses peu agréables et vous de les entendre), les
écouter, corriger ; éventuellement des lecteurs professionnels : on
en trouve quelques-uns sur Internet, à ma connaissance la seule maison qui
assure un service vraiment de qualité est l’atelier Aleph écriture, d’Alain
André – c’est très cher, mais on vous produit un rapport de lecture de
plusieurs pages, complet et très bien argumenté, et non pas une fiche avec des
croix dans un tableau Excell : tel personnage, 3/5 – peu crédible (Ah bon
et pourquoi ?). Il faut également prêter attention aux aspects techniques.
Donc, être bien conscient que l’on part avec un handicap lourd, et qu’il peut
se doubler d’un second tout aussi redoutable, à savoir une notoriété dont le
rayon ne dépasse pas le bout de la rue ou le coin de l’atelier – c’est mon cas.
On affronte alors la houle de mer sur une coquille de noix !
La diffusion : Internet et le livre papier
J’ai pris le pack librairie proposé par Bookelis.
Il faut bien comprendre qu’en ce qui concerne la vente en
librairie, votre livre ne sera pas commandé spontanément par le libraire, mais
par vos lecteurs aux libraires. Nuance nuance ! Mais c’est déjà ça. Pour
la vente sur Internet c’est exactement la même chose. D’où le rôle important de
la promotion (je déteste, mais c’est in-dis-pen-sa-ble). Ce que j’ai malgré
tout constaté, c’est qu’il n’y a aucun moyen de contrôle sur les ventes
effectuées sur Internet. Au bout de six mois le compteur de Bookelis s’est fixé
sur 75, et n’a plus bougé depuis. L’année qui a suivi ce chiffre, ce blog a été
visité par plus 800 de personnes. Il est clair qu’une visite ne fait pas un
acheteur, mais quand même… Alors il est bien possible qu'il y ait de la déperdition d'information entre les acteurs …mais pas d'argent.
Revenons sur la vente en librairie : le libraire ne
dispose pas d’une place infinie sur ses rayons, et à priori, il veut vendre, on
le comprend. Donc il n’a aucune raison de prendre un livre qui non seulement ne
bénéficie d’aucune publicité nationale mais qui en plus, auto édité qu’il est,
est certainement un nanar de première truffé de fautes variées et parfois
inédites (oui oui). Il faut donc aller le voir, ou lui écrire, pour le
convaincre que votre bouquin mérite le détour, et parfois lui remettre un
exemplaire gracieusement pour qu’il puisse le constater par lui-même. Là, de
trois choses l’une : soit votre libraire est juste un marchand de livres
et il vous répond non d’entrée, soit c’est un vrai libraire mais votre bouquin
ne lui convient pas (il n’est peut-être pas si bon que ça, ou il ne correspond
pas à sa clientèle, etc…) soit il vous dit c’est OK et il vous donne une chance
et tâchez de vous retenir de lui sauter au cou, faites comme si c’était normal.
Personnellement, en moyenne j’ai essuyé un refus (pas toujours très franc, un
refus fait de temporisations, de « rappelez la semaine prochaine »)
pour une acceptation, en ciblant mes libraires. Comme la dernière voie de Nimbus est un livre de la
catégorie « livres de montagnes », je ne me suis pas adressé aux
libraires de la côte de jade, en Bretagne ; et c’est dans les Pyrénées que
j’ai placé le plus de romans en librairie (9 en tout), puis dans les Alpes (3),
enfin à Paris dans une librairie spécialisée, tout ça par correspondance. Et la
Géothèque de Nantes, chez qui je vais depuis des centaines d’années, m’a refusé
sans jamais me le dire (le patron n’a apparemment jamais eu le temps de le
lire). Je lui en veux terriblement, mais ça reste un bon libraire, alors … On
avale quand même quelques couleuvres, il faut y aller blindé et avec la foi du
charbonnier. Tout cela est très couteux. Vous pouvez éviter de faire cadeau de
votre livre, parfois en pure perte, en envoyant un petit dossier de
présentation : qui vous êtes, un pitch de votre livre et un court extrait,
plus bien sûr les modalités financières. Et téléphonez. Si vous diffusez autour
de chez vous, rien de tel qu’une visite.
Bon, il reste bien entendu la vente de la main à la main, et
en salons du livre, et ce n’est pas si mal.
La promotion
J’ai opéré ma promotion selon quatre axes :
1 : les revues d’escalade et de montagne, les clubs
alpins et les salles d’escalade.
J’ai envoyé mon roman aux revues, des affiches et des flyers
au seconds (avec leur accord préalable). J’ai eu trois articles, un dans la
revue du club alpin parisien, deux dans des revues pyrénéennes. J’ai tenté
l’article chez Télérama mais on ne m’a jamais répondu.
2 : les salons du livre.
Je le dis tout net : il faut y aller. C’est très riche
sur le plan des rencontres, c’est là que vous parlez avec vos lecteurs, et avec
vos confrères. Pour ce qui est des ventes, c’est selon, mais franchement si
vous êtes toniques et si vous avez envie, vous vendez ! Maintenant, ça
revient cher (frais d’hôtel, trajets…).
3 : les prix littéraires.
Pour ce qui est des prix nationaux, autant laisser tomber je
n’en ai pas trouvé qui laissent concourir des auteurs autoédités (toujours
cette malédiction !). Pour ce qui est des prix locaux, tentez votre chance
sans hésiter. On rêverait d’un concours littéraire en aveugle, où le jury ne
connaîtrait pas l’auteur de l’œuvre qu’il lit (ni la maison d’édition). Je
pense qu’on aurait des surprises.
4 : ce blog
Impossible de mesurer son impact sur les ventes, mais avec
plus de 1200 visites, il montre que le roman a suscité un peu de curiosité et
que certaines personnes se sont attachées à suivre cette petite aventure (je
les en remercie !).
Ce que je me suis refusé à faire, et je ne ferai pas de
commentaires :
Conclusion :
J’ai quelques regrets.
Sur le roman lui-même : un
premier chapitre un peu difficile, avec une abondance de personnages. Une mise
en route tardive de l’action : j’ai voulu asseoir le cadre avant de lancer
l’intrigue. Aujourd’hui, je recourrais aux flash-backs et j’attaquerais l’intrigue
dès la première page. Sur le faible nombre de mes ventes, autour de 250
exemplaires, malgré l’énergie que j’ai pu y mettre. Ne pas avoir insulté la
libraire parisienne que j’ai eu au téléphone et qui venait de m’asséner qu’elle
n’allait certainement pas permettre à un auteur autoédité de participer au prix
littéraire qu’elle anime (j’ai encore son « certainement pas » dans l’oreille).
Je sais, mais ras-le-bol, les autres aussi peuvent faire un effort et ne pas se
comporter comme de purs malotrus. Dernier regret, celui de ne pas avoir connu
les éditions le Gypaète, qui je pense aurait constitué l’éditeur naturel de ce
livre.
Mais j’ai eu également de belles satisfactions. De bons retours de
lecteurs rencontrés à Nantes ou lors de salons du livre. Des libraires qui m'ont bien défendu et m'ont invité à des signatures. D’avoir été lu par au
moins 250 personnes. Tout ce que j’ai appris dans ce que je perçois certes
comme une bataille perdue, mais qui m’a permis de connaître le milieu du livre,
avec ses richesses et ses misères. Selon la météo du jour, l’actualité sociale,
selon que le vin est bouchonné ou pas, le verre me paraît tantôt à moitié
plein, tantôt à moitié vide, avec comme vous le sentez sans doute à lire ces
lignes, une petite tendance du côté du verre vide.
Un conseil ?
Non, pas vraiment. Édition, autoédition, les deux voies sont
difficiles. Certains auteurs auto édités réussissent très bien, parce qu'ils écrivent très bien, parce qu'ils apportent de la lumière ou un témoignage sur un problème qui concerne beaucoup de personnes, parce qu'ils ont un bon réseau au départ. Inversement
l’édition ne garantit aucunement le succès. Mais je ne recommencerai pas cette
expérience.
Ma prochaine publication se fera sur un blog, et sera
consacrée à la quadrature du cercle hyperbolique. Noooon ? Eh ben si !
Merci à tous ceux - ils sont nombreux - qui m'ont soutenu !